Aurèle Nourisson

(I) is a body that makes the world be in that way.” Jean-Luc Nancy, Le corps du philosophe, a film by Marc Grün. In this scene, we see Nancy swimming in seaweed and advancing very slowing in the water struggling mightily and making bizarre exertions. The montage is pretty wacko, the image, too, it doesn’t look serious and yet it redefines a certain kind of philosophy of being and subject. Writing this text on Florent, I thought about that scene and I wondered whether there wasn’t also something of his work as an artist in the sensation that that can produce in your head…

Ceramics is always a question of caves. Only the caves change. Florent Dubois practices a hybrid art, an art that you could say is en pointe naïve. In diamond cutting, a diamond is said to be en pointe naïve (of perfect shape) when naturally and without cutting it displays a pyramidal shape. Florent’s work is a bit like that. A question of caves, a question of art that is naturally “cut.” Odd, bizarre forms, always fairly Pop Art-ish and colorful, drawings, painting, ceramics. The cave has changed, internet wandering and an in-depth visit of Ebay and its pottery section, a question of a generation that grew up between Sailor Moon, Pokemon, the advent of the internet, and soon Amazon. In other words, the hybridity of forms in an artistic “now,” or the art of the cave in the age of Pokemon Go. Something is there that’s like a landscape, a way of seeing and viewing, a way of assembling and no longer fragmenting. A practice blending life and art in technological objects of our day and age. Who from music, art history, the Internet, streaming, YouTube, or Instagram inspires us or not is no longer the question really. The cave in which this work is created proceeds imperceptibly, insospettabile, undetectably, taking as its simple material a bizarre now, both abstract and figurative, real and virtual. Ingest, digest, without knowing when that begins and when it ends. When you see a ceramic piece by Florent, you see something that spills over. The look is often “twee,” fairly kawaii, as they used to say in the 2010s and yet it spills over, it is forever spilling over even. It is always intertwined with a kind of connection to the present, maybe a generational connection, but in that connection there is something a bit deeper. A depth on the order of a change of paradigm and generations, a real end of a postmodern connection to things, to life. The end of a worn-out, hackneyed stance. So after all, when you look between the suggestions of Pokemon and a form of “pointe naïve,” something important is playing out, and that something important is nothing less than a new period, or in any case possibly a new emotional connection with what makes the world be in that way.

Aurèle Nourisson

« (je) est un corps qui fait être le monde de cette manière-là. » Jean-Luc Nancy, Le corps du philosophe, un film de Marc Grün. Dans cette scène, on voit Jean-Luc Nancy nager dans des algues et avancer très lentement dans l’eau à grand frais d’efforts bizarres. Le montage est assez chelou, l’image aussi, ça n’a pas l’air sérieux et pourtant ça redéfinit une certaine forme de la philosophie de l’être et du sujet. En écrivant ce texte sur Florent, j’ai pensé à cette scène et je me suis dit qu’il y avait aussi quelque chose de son travail d’artiste dans la sensation que ça peut produire dans la tête…

La céramique est toujours une histoire de caverne. Seules les cavernes changent. Florent Dubois pratique un art hybride, un art qu’on pourrait dire en « pointe naïve ». Dans la taille du diamant, un diamant est dit en pointe naïve quand naturellement et sans taille il offre une forme pyramidale. Le travail de Florent Dubois a quelque chose de cela. Une histoire de caverne, une histoire d’art naturellement « taillé ». Des formes étranges et bizarres, toujours assez pop et colorées, des dessins, de la peinture, des céramiques. La caverne a changé, errance internet et visite approfondie d’eBay section poterie, une histoire de génération qui a grandi entre Sailor Moon, Pokémon, l’arrivée d’Internet et bientôt d’Amazon. En d’autres termes l’hybridité des formes dans un maintenant de l’art ou l’art de la caverne à l’heure de Pokémon Go. Quelque chose est là comme quelque chose d’un paysage, une manière de voir et de regarder, une manière d’assembler et de ne plus fragmenter. Une pratique de la vie et de l’art confondue dans des objets technologiques de notre âge. Qui de la musique, de l’histoire de l’art, d’Internet, du streaming, de YouTube, ou d’Instagram inspire ou non, là n’est plus vraiment la question. La caverne dans laquelle se crée ce travail procède de manière imperceptible, insospettabile, indétectable, avec comme simple matériau un maintenant bizarre, tout aussi abstrait que figuratif, tout aussi réel que virtuel. Ingérer, digérer, sans savoir quand ça commence et quand ça s’arrête. Quand on voit une céramique de Florent Dubois on voit quelque chose qui déborde. L’apparence est souvent « mignonne », assez kawaï comme on disait dans les 2010 et pourtant ça déborde, ça ne cesse pas de déborder même. Ça s’imbrique toujours dans une sorte de rapport au présent, un rapport générationnel peut-être, mais dans ce rapport-là il y a quelque chose d’un peu plus profond. Une profondeur de l’ordre d’un changement de paradigme et de génération, une fin réelle d’un rapport post-moderne aux choses, à la vie. La fin d’une posture éculée. Alors finalement quand on regarde entre des évocations de Pokémon et une forme de « pointe naïve », quelque chose se joue d’important, et ce quelque chose d’important n’est rien de moins qu’une nouvelle époque, ou en tout cas possiblement un nouveau rapport sensible à ce qui fait être le monde de cette manière-là.