Dans un temple… par officeabc

 

Il avance dans une grotte. Derrière lui, Zorrino et le capitaine Haddock progressent difficilement, soudain Tintin s’exclame ! Littéralement un point d’exclamation se dessine dans un phylactère tandis qu’un visage sévère, encadré par les concrétions de roche, observe le reporter belge.

Tintin va alors balbutier une dialogue surréaliste avec ce visage : — Je… Hem!…Euh…Beau temps, n’est-ce pas ? Vous…euh…vous parlez français ?…Non ? Espagnol, évidemment…Non plus ? Do you speak english ?…Non plus ?… Mais, ma parole ! Ce visage immobile…ce regard fixe…Je me demande si…

Sa main, soudain, s’approche du visage, effleure la face froide et patatras ! ? Cette fois c’est un phylactère composé d’un singulier point d’interrogation qui domine la case huit, de la page 45, de l’édition de 1955, de l’album Le Temple du Soleil d’Hergé. La découverte par le héros à houppette d’une tombe inca et de son contenu joue de la double surprise : celle, d’abord, d’avoir pris un masque pour un être vivant, enfin le saisissement d’être au cœur d’un tombeau troglodyte.

Pareillement, les choses que travaille Florent Dubois semblent naître d’un vaste ensemble dont on peut se demander s’il n’est pas comme ces lieux où se déposaient d’éclectiques ex-voto païens. L’ex-voto, par définition, est une suite, une offre, une conséquence ; mais avant tout, il est un échange. On peut entendre ce substantif dans son sens premier de geste propriatoire propitiatoire ou gratulatoire. Il prend néanmoins un sens second de substitution, héritant là du latin cambio, échanger, troquer, puis de l’italien cambiare, soit transformer.

Passer ostensiblement d’un visage à un masque c’est expérimenter subito une métamorphose. Ce mécanisme, bref, ou lent d’ailleurs, occupe le travail du céramiste sauvage qu’incarne Dubois. Nous l’observons bricoler des mélanges, toujours transformés, jamais entièrement stables, qui, en retour, organisent un bestiaire ou un paysage, une grotte, parfois un tombeau.

Les incas sculptaient dans des tibias humains de petites flûtes à encoches dont les airs faisaient se trémousser les danseurs. Ce passage de la mort à la vie, ou si vous préférez cette transformation, cette forme constamment en transe, décrit parfaitement ce qui nous regarde depuis les choses de Florent. Son travail est un temple impie dans lequel Ovide aurait été changé en Ataguchu ; c’est un laboratoire où se défont et se refont ces souvenirs d’une culture populaire attachée à ses gris-gris que Dubois prend un immense plaisir à chosifier.

Car si Tintin tombe par hasard sur un masque qu’il prend pour un être des profondeurs, il arrive très souvent à Florent Dubois de donner corps à une parade d’indéterminés, d’affaires, de caussas, de circonstances. Toute occasion est bonne pour le sorcier de magnifier l’invisible à travers des gestes où s’ouvrent des yeux, se dessinent une bouche, masque facial duquel on entendrait le mort jaboter… non, je ne parle pas l’anglais.