Florent Dubois donne à ses céramiques des titres comme des prénoms. Au sein de la population grandissante qu’elles constituent, chaque faciès vient formuler un état de l’inépuisable registre des expressions du vivant. Ses bibelots ont du caractère. Formes creuses, elles sont des esprits frappeurs ayant temporairement élu domicile dans une coque d’argile, avant d’en posséder une autre. Toutes endossent des mimiques pour mieux jouer les comédiennes, campant des affections fluctuantes, immortalisées dans la terre muette et figée. Le costume devrait permettre l’exubérance. Souvent dotés de becs et d’anses, les objets flirtent avec le vocabulaire péjoratif de l’attrape-poussière. Recouvrir, cacher, déguiser ou encore tromper permettent d’exister un instant, en se faisant connaître ou au contraire en cherchant à ne pas être reconnu. Gloire et anonymat cristallisent les désirs ambivalents qui sont en jeu sur la toile. Imbibé de narcissisme, le théâtre social des réseaux devient un vaste bal masqué. Et pour des cruches, partager du contenu est un comble.

Publié dans le numéro 223 Novembre Décembre 2018 de la Revue de la Céramique et du Verre

 

Joël Riff